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La vraie gauche est à clabecq Par Paula Hertogen Membre de la CSC et du Mouvement de rénovation syndicale, Paula
Hertogen travaille bénévolement pour Médeàne pour le peuple, organisation
dirigée par des médecins du PTB Après 23 années de travail en usine, dont la plupart des années comme
déléguée ou militante syndicale, j'ai été licenciée dans le cadre d'une
restructuration. L'usine était vidée de tout ce qui était «trop vieux,
trop malade et trop gênant». Avec Cathy Craen, déléguée de la FGTB et
membre du PTB, j'ai mené une lutte dure mais qui en valait vraiment la
peine. Durant deux mois nous sommes restées dans une caravane devant la
porte de l'entreprise pour revendiquer notre réintégration. Nous n'avons
pas gagné ce combat, mais nous étions devenues le symbole de la lutte pour
les droits syndicaux et la protection des délégués. Nous étions loin
d'être les seules à être victimes de ce manque de protection. Chaque année,
des dizaines de délégués sont licenciés. Signe du temps ? Oui. Dans un monde où tout tourne autour du profit, où
des mots comme compétitivité, concurrence, flexibilité sont légion, le
patronat tient à des délégués qui jouent le jeu. Malheureusement ils
trouvent un écho dans une partie de la structure syndicale. Ainsi des
délégués n'ont pas seulement à affronter un patronat de plus en plus dur,
mais également une structure syndicale complaisante. Dans le combat que nous avons mené, j'ai pu faire la connaissance de la
délégation syndicale des Forges de Clabecq. À deux reprises, ceux de
Clabecq sont venus nous rendre visite dans notre caravane. Ce qui nous
semblait exceptionnel, c'était pour eux chose normale. Depuis un certain
temps déjà, ils avaient l'habitude de passer les frontières de leur usine,
la frontière linguistique et même les frontières nationales. Partout où
les droits des travailleurs sont bafoués, ils y sont. Depuis mon licenciement, j'ai fait du travail bénévole (Sherwood a été
obligée de me payer cinq années de salaire pour licenciement abusif). Un
mi-temps pour le mouvement Objectif 479.917 qui se lançait dans sa
campagne pour un million de signature pour les droits égaux pour les
immigrés. Un autre mi-temps au service de Médecine pour le Peuple, une de
ces maisons médicales du PTB, où les médecins pratiquent la médecine
gratuite et élargissent leur combat à une réelle lutte contre les
exclusions des soins de santé dans la perspective d'une société socialiste. Dans le cadre de mon travail à Objectif 479.917, j'ai élaboré le projet
d'«Entreprise sans racisme». La délégation des Forges de Clabecq était la
première délégation à s'inscrire dans ce projet. Durant plus d'un an ils y
ont travaillé, en organisant des assemblées, en discutant avec les
travailleurs, réfutant un à un les arguments et objections des
travailleurs. Es ont obtenu plus de 80% de signatures aux Forges, un
exploit tenant compte du climat raciste qu'on sème dans ce pays. PAS D'ILLUSIONS Durant toute ma carrière de syndicaliste, j'ai par mon expérience, pu
voir où se situe la «réelle gauche» dans ce pays. Des illusions dans le
Parti Socialiste et le PSC, je ne les ai jamais eues. Ce sont eux qui ont
démantelé la sécurité sociale. Les conséquences de cette politique me sont
servies tous les jours dans ma pratique à la maison médicale de Médecine
pour le peuple. Ce sont eux qui ont diminué le cadre d'enseignants dans
les écoles. Les conséquences, je les voie tous les jours, dans ma cité, où
des eunes sont exclus de l'enseignement. Ce sont eux qui sont responsables
de la mort de Semira et de la politique contre les réfugié avec leurs lois
Vande Lanotte et Tobback. J'ai accueilli chez moi un famille de réfugiés,
traquée par un avis d'expulsion. Non, la «réelle gauche» ne se trouve pas là. Il ne faut pas la crée non
plus. Car elle existe. La «réelle gauche» aujourd'hui se retrouve autour de Ceux de Clabecq.
Pour moi, la ligne de démarcation entre «la réelle gauche» et «la gauche
de salon», c'est Clabecq. C'est le système capitaliste qui en gendre
exclusion, misère, chômage et guerre. Là-dessus, pas mal de gens de gauche
sont d'accord. Mais "que faire ?" C'est là que les divergences commencent.
Pour les uns il faut s'en accommoder, ils prechent la grande solidarité
entre exploités. Pour d'autres, il faut faire appel au civisme de la part
des classes d'exploiteurs. Mais ils ont tous un point commun, et c'est le fatalisme. Le fatalisme
qu'on ne peut pas obtenir des changements fondamentaux, qui ne faut pas
mener des combats dans une perspective plus lointaine, qui veut renverser
les rôles. D'Orazio dit : «Nous devons ensemble aller chercher les
richesses produites par les travailleurs et accumulées chez les banquiers
pour investir dans les entreprises et sauvegarder l'emploi. Le mouvement
ouvrier a sorti les enfants des mines et des usines tertiles. Protégez-les
du chômage et de toutes les formes d'exploitation". C'est contre le
fatalisme que D'Orazio et ses délégués se sont érigé. Arrêtons d'encaisser
les coups. "Il faut sortir les gens de cette habitude d'accepter les
coups. Si on accepte que la gendarmerie puisse s'attaquer a des
travailleurs, a des étudiants ou puisse interdire une manifestation, alors
on n'a pas de vraie alternative.» C'est Ie langage que beaucoup de
délégués vou-laient entendre depuis longtemps. D'Orazio nous a secoués, ce
sont des dirigeants comme lui qu'il nous faut. Pour preuve, les 70.000
par-ticipants a la marche multicolore a Tubize Ie 2 février 1997. Pour
cela, il faut une plus grande parti-cipation de la classe des travailleurs,
les travailleurs doivent prendre leur sort en main. LA «VRAIE GAUCHE» ET LE RESTE Alors, oü se trouve la gauche au-jourd'hui? Selon moi, les points de
rupture entre la «vraie gauche» et Ie reste sont multiples. D'abord, Ie principal point de rupture maintenant, c'est Ie soutien aux
délégués de Clabecq. Celui qui n'est pas intransigeant la-dedans finit par
se trouver de l'autre cöté. Celui qui ne prend pas ses responsabilités
dans Ie proces contre ces délégués, a cause de quelques divergences, sera
co-res-ponsable d'une éventuelle condam-nation. C'est comme celui qui
avoue que Ie travailleur a connu assez d'austérité, mais qui ne dit pas
clai-rement oü il faut aller chercher l'ar-gent. Celui qui ne pointe pas
du doigt la categorie de riches qui de-vra payer, finira par dire «il faut
être réaliste, soyons solidaires entre nous». C'est comme celui qui se dit solidaire des réfugiés, mais trouve quand
même que la Belgique ne saura pas accueillir tous ces réfugiés, n se
faufile dans des raisonnements du style «il faut traiter les réfugiés plus
humainement». Mais s'il n'accepte pas que les frontières doivent s'ouvrir,
finalement il ne peut qu'accepter la poütique du gouvernement en matière
des réfugiés. Car il n'y a pas de politique humaine pour expulser
quelqu'un. C'est comme celui qui se dit an-tiraciste, mais n'est pas d'accord pour
accorder la nationalité beige aux immigrés pour qu'ils puissent jouir des
droits politiques et so-ciaux égaux. Objectivement, son manque de
détermination au niveau des revendications jouera Ie jeu du gouvernement,
qui a tout in-térêt a avoir une classe travailleuse divisée. C'est comme
celui qui se dit pour Ie socialisme, mais qui a 1001 critiques a faire sur
Cuba. Cuba, j'ai eu l'occasion de Ie vi-siter. Et je n'ai pu que constater
que les droits de l'homme y sont res-pectés plus qu'ailleurs. Le droit de
manger a sa faim, le droit a l'en-seignement pour tous, le droit aux soins
de santé gratuits. Si le peuple cubain jouit aujourd'hui de ces droits
fondamentaux, c'est grace au régime socialiste de Fidel Castro. üu'il n'y
ait pas de droits pour ceux qui veulent détruire cela et revenir a la case
zero, c'est tout a fait nor-mal. C'est la même chose pour celui qui se dit solidaire du peuple congolais.
Soutenir le nouveau Congo, c'est soutenir Kabila et son gouvernement.
Celui qui met aujourd'hui l'accent sur les critiques sur Kabila, se
trouvera pour finir dans le camp des nouveaux colo-nialistes de Tshisekedi. AVEC D'ORAZIO Le système capitaliste ne nous laisse pas le choix. Trop de gens sont mis le dos au mur et se tour-neront contre ce système inhu-main.
La lutte de Clabecq a fait naïtre un enorme espoir dans la classe des
travailleurs. Briser le fatalisme, briser les frontières des usines,
briser les limites des centrales syndicales, briser les frontières
linguistiques, briser les frontières nationales. C'est tout cela le
Mouvement pour le Renouveau Syndical. Ne plus accepter ce car-can de «chacun
chez soi» que la bourgeoisie nous impose. C'est cela aussi la raison pour
laquelle on veut écraser cette lutte. Dans leur com-bat, les délégués de
Clabecq doivent affronter une large coaütion des forces de la bourgeoisie
(y com-pris dans les structures syndicales), des forces de répression et
aussi les médias. Quelqu'un qui se dit de gauche, et se pose la question
du «pourquoi toute cette artillerie contre Clabecq», doit bien se dire que
D'Orazio est dans le juste. Pour celui qui veut voit de ses propres yeux,
et rencontrer la «réelle gauche», il doit venir un jeudi au proces de
Clabecq a Nivelles. Il aura l'occasion de rencontrer Roberto D'Orazio et
ses délégués. Il aura l'occasion d'écouter leur plaidoyer pour un système
oü l'homme est au centre de l'intérêt. Il aura l'occasion de s'organiser
dans ce Mouvement pour le Renouveau Syndical. Il y verra des délégués du
Nord et du Sud du pays, qui les ont joints dans leur combat. Il y verra
des secrétaires syndicaux qui, malgré les pressions, viennent témoigner
leur solidarité. Il y rencontrera les militants du Parti du Travail, le
seul parti qui, d'une fac.on incondition-nelle se met derriére Ceux de
Clabecq. Il y verra des gens de la base, attirés par cette rupture avec la
logique capitaliste et a la recherche d'une alternative. Et il y verra
sur-tout qu'une nouvelle société ne se construit pas dans un salon, pas
dans les bureaux de concertation, mais sur le terrain en répondant a
chaque défi. |